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Éloge du "polyglotte" par Richard Liscia chroniqueur au "Quotidien du Médecin"

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Message  PatrickB le Mar 22 Oct - 13:35

Chers amis polyglottes, je ne puis résister à vous faire partager une chronique lue sur mon "quotidien du médecin" et qui fait l'éloge du "polyglotte" je me permets de citer son article ne sachant comment vous en faire lire l'original. Nous sommes persuadés qu'il sera heureux de trouver une tribune polyglotte qui diffusera son immense talent de chroniqueur et l'éloge qu'il fait à notre académicienne Barbara Cassin.

Barbara Cassin à l'Académie
Éloge du polyglotte
PAR RICHARD LISCIA

- PUBLIÉ LE 21/10/2019 dans la revue « le quotidien du médecin »


"Dans son discours inaugural devant l'Académie française, la philosophe et philologue Barbara Cassin, a prononcé, à propos du rapport entre le français et les autres langues, des mots qui feront d'autant plus référence qu'elle s'est élevée contre une défense de notre langue seulement soutenue par notre nationalisme.

Au fond, ce que souhaite Barbara Cassin, c'est que chacun d'entre nous parle bien les langues étrangères qu'il connaît. Elle réclame « une Europe résistante qui refuse de s'en tenir à cette langue de communication qu'est le global English », aussi appelé globish. « Nous refusons, ajoute-t-elle, que nos langues(européennes) deviennent des dialectes ». C'est une nouvelle défense du français. Elle ne doit pas être chauvine, mais positive, elle ne doit pas exclure les langues concurrentes et principalement l'anglais qui est devenu, admettons-le, un langage international hors pair, mais dont elle souligne la contamination par un usage excessif qui l'a beaucoup abimé. Mme Cassin nous permet de sortir de la confrontation que nous avons introduite dans les rapports entre l'anglais et le français pour des raisons qui relèvent du nationalisme. Elle s'efforce de nous extraire d'une guerre feutrée qui, en réalité, ne respecte ni notre langage national ni ceux des autres nations.
Elle prône au contraire l'usage par les Européens de plusieurs langues. Et par exemple que nous parlions et écrivions l'anglais de Shakespeare, d'Emily Dickinson et de Churchill. Elle emprunte au sémiologue Jacques Derrida sa devise : « Plus d'une langue. J'ai choisi cette devise parce qu'on parle ailleurs le français et parce qu'une langue, ça ne s'appartient pas. »
Rien de plus politique que de parler
Vaste programme : parler l'anglais comme Shakespeare, l'italien comme Dante et l'espagnol comme Miguel de Cervantes n'est pas à la portée du premier venu. L'académicienne en est parfaitement consciente : elle a une solution, la traduction. Elle croit que cette Tour de Babel, qui nous aurait été infligée par Dieu pour que nous ne nous comprenions jamais, a créé des langues magnifiques et que si, nous ne pouvons en apprendre deux ou trois de plus, le seul remède, c'est la traduction littéraire, travail de transposition qui doit refléter minutieusement la beauté de la langue d'origine et proposer un nouveau texte au moins aussi beau que celui dont il est inspiré. « Avoir foi dans le langage, dit-elle, c'est comprendre qu'il n'y a rien de plus politique que de parler. »
On constate donc que Barbara Cassin défend le français sans mépriser les langages concurrents, qu'elle condamne les ersatz proposés en lieu et place des grandes langues de civilisation, qu'elle juge parfaitement compatible leur coexistence et, tout en renonçant aux conflits de langage, elle apporte au français une défense à la fois ardente, dévouée et efficace. Si son discours inaugural nous a tellement séduit que nous nous sommes empressé d'en faire le sujet de cette chronique, c'est parce que, à travers la défense du français, Barbara Cassin nous propose, sans jamais le dire, une autre forme de communication entre les peuples. En effet, en restant très exigeant sur le respect de la grammaire et du vocabulaire, on élèvera le débat, on sera moins enclin à se fâcher, on sera plus incité à verser dans la subtilité.
L'académicienne nous invite donc à sortir de notre coquille linguistique. Il n'y a pas que le français et les élèves du secondaire doivent s'engager dans l'acquisition d'au moins deux autres langues. Imaginez le bonheur de celui qui lit Shakespeare dans le texte ou Umberto Eco en iltalien ! « La singularité et la beauté d'une langue ne doit pas conduire à la fermeture sur soi. La langue de l'Europe et peut-être la langue du monde, c'est la traduction. La langue française n'est pas hors du temps, elle est tout le temps. »"

Richard Liscia
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Message  MurielB le Mar 22 Oct - 14:14

Merci beaucoup Patrick pour cet article qui aurait apporté de l'eau au moulin de notre ami Philippe Henri, aujourd'hui décédé et qui a exercé le métier de traducteur pendant plus de 30 ans. Voici ce qu'il a écrit sur notre forum
Philippe Henri a écrit:J’ai exercé le métier de traducteur depuis bien avant la percée de l’Internet pour le grand public au début des années 1990.

Les croque-mitaines du métier, ce ne sont pas les gus venus des quatre coins de la planète mais les machines, genre Google et compagnie, qui créent l'illusion de faire des traductions au moindre coût.

Le langage humain est tellement complexe qu’à ce jour, malgré l’effort des meilleurs linguistes et neuroscientifiques du monde et malgré les progrès fulgurants réalisés en technologie informatique, toute tentative d’analyser la parole (et la pensée sous-jacente) et de la traduire en logique binaire ou en logique du flou s’est soldée par un cuisant échec. De ce fait, il est illusoire, et ça le sera encore pour longtemps, de vouloir concevoir la traduction automatique (TA).

Tout au plus, on peut passer par la traduction assistée par ordinateur (TAO). Toutefois, la capacité d’analyse logique de ces machines est assez limitée. Elles travaillent, comme le cerveau humain, par approximations successives à partir de données stockées en mémoire, mais elles ne peuvent prendre une décision. La TAO exige donc l’intervention de réviseurs. En plus, ces machines coûtent des millions. Seuls les grands organismes d’Etat, comme l’Union Européenne, peuvent grâce à l’argent du contribuable se les payer.

D’autre part, en matière de traduction, il faut faire une distinction entre un ouvrage littéraire, un texte juridique, un texte de loi, le descriptif technique d’un sous-marin, le texte d’un discours politique et une vulgaire notice d’emploi d’un aspirateur «made in China».

- Le traducteur d’un roman ou d’un recueil de poésie doit lui-même être écrivain ou poète pour transposer correctement le non-dit, souvent à caractère émotionnel, de l’auteur.

- Le traducteur juridique peut, à la rigueur, se servir de formulations standard. De même, un texte de loi est souvent l’adaptation d’un texte existant.

- En technique, le traducteur doit connaître le jargon du métier de l’utilisateur et en politique il doit maîtriser la langue de bois.

- Quant au «sac d’air» (airbag) de Jacques Toubon et au «fabriqué en dinde» (made in Turkey) sur les chemises Lacoste importées au Québec, ce sont des traductions pour faire rire. Rire à en être malade, c’est bon pour la santé !

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