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De la Beauté, de l'Art, de la Bonté, du Divin, de l'Animalité, de la Création

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De la Beauté, de l'Art, de la Bonté, du Divin, de l'Animalité, de la Création Empty De la Beauté, de l'Art, de la Bonté, du Divin, de l'Animalité, de la Création

Message  PatrickB Mer 10 Nov - 20:01

Permettez-moi de citer un extrait d’une lecture récente « l’homme de Constantinople » de J.R. Dos Santos. De cet auteur j’ai déjà lu plusieurs livres du genre roman mais toujours avec une trame sous-jacente philosophique, métaphysique de type quête spirituelle réconciliant sciences et croyances, et qui permettent de vulgariser des concepts tel que par exemple : origine de l’Univers, qu’est-ce que « Dieu », la physique quantique, la physique nucléaire, etc… Le tout sur un mode abordable et romanesque de type « quête d’Indiana Jones ». Ici dans ce passage c’est « quasiment » un texte de philo : qu’est-ce que le beau, qu’est-ce que l’art, la relation entre la beauté, la bonté, la laideur et la répulsion, la création artistique et le divin…
"L’homme de Constantinople"extrait
J.R. DOS SANTOS a écrit:« Cette peinture est vraiment belle, déclara-t-il en se référant au Holbein. - Il recula, comme s'il voulait apprécier le tableau à distance, et laissa échapper un long soupir de frustration. - Savez-vous ce qui m'intrigue ? C'est de rester bouche bée face à ce qui est beau. Comment se fait-il que Holbein m'enchante tant ? Mais ce n'est pas seulement ce tableau, c'est... c'est tout. Pourquoi la fange abjecte des quartiers pauvres de Londres m'écœure, et la bucolique verdure de Hyde Park me transporte ? Pourquoi cela m'affecte-t-il ? Pour quelle raison ne suis-je pas indifférent à la beauté et à la laideur ? Quelle qualité possèdent certaines choses pour me mettre dans de tels états ?
Une étincelle scintilla dans les yeux bleus et doux de l'Anglais.
- Ah, vous voulez savoir ce qu'est la beauté.
Incapable de détacher son regard des autres tableaux de la salle, comme s'il voulait les emporter tous chez lui, Kaloust tourna les talons et recommença à parcourir tranquillement le couloir.
- C'est bel et bien la question qui me tourmente.
Le conservateur du musée l'accompagna.
Vous savez, c'est le propre de l'être humain que de rendre les choses spéciales, dit-il. Les gens sont naturellement attirés par tout ce qui leur paraît beau et repoussés par ce qu'ils jugent laid. Ils trouvent la beauté dans les choses qui semblent conférer de l'harmonie à leur vie et un sens à leur façon de voir le monde, du spectacle d'une chaîne de montagnes grandiose aux simples pétales colorés d'une fleur qui s'épanouit au printemps.
L'Arménien désigna les tableaux au mur.
Et l'art aussi…
Sir Kenneth Bark esquissa une grimace.
- L'art relève d'une catégorie spéciale, déclara-t-il. Bien entendu, face à la nature, les êtres humains adoptent une attitude contemplative. Ils regardent le monde tel qu'il est et s'émerveillent de tout ce qu'ils voient et ne les menace pas. Un volcan crachant de la lave incandescente, une lionne chassant un zèbre dans la savane, une tempête qui déchire les ténèbres de ses éclairs, le ciel étoilé qui scintille dans la nuit profonde de l’espace comme de la poussière de braise.
- Et qu’en est-il de l’art ?
L'art n'est pas quelque chose qui existe naturellement dans le monde, il s'agit plutôt d'une création humaine. L'art est le produit de l'action de l'homme lorsqu'il s'efforce de transcender sa condition animale et, de créature, devenir créateur. L'art surgit lorsqu'on transforme un acte animal en un objet culturel qui peut devenir sublime. En peignant une scène dans la forêt, l'homme devient Dieu parce qu'il crée la nature sur une toile ; en racontant une histoire dans un roman l'homme devient Dieu parce qu'il crée, sur le papier, la vie de personnages, même imaginaires.
L'homme devient Dieu ? N'allez-vous pas trop loin ?
Le conservateur fit tourner sa main dans l'air, indiquant tout ce qui les entourait.
- Dieu est un artiste, mon cher, alors l'art est un acte divin, affirma-t-il. Dieu est l'entité qui crée tout mais qui demeure invisible derrière Sa création, vous ne pensez pas ? Or, tout bien considéré, un artiste c'est exactement ça. Un peintre peint un tableau, mais le créateur demeure invisible derrière la création. Il en va de même pour un dramaturge ou un romancier, par exemple. Imaginez que nous ne soyons pas des êtres de chair et
de sang, mais des personnages de roman.
- Quelle absurdité !
- Certes, mais imaginez un instant que ce soit notre situation.
Que serions-nous ? Des créatures, bien sûr. Mais qui serait notre créateur ? Le romancier qui nous a conçus et qui nous a donné la vie dans les pages de son roman. En d'autres termes, en rendant tout possible et en nous insufflant l'étincelle de la vie, le romancier serait Dieu, bien qu'il demeure invisible derrière chaque mot qu'il a écrit. Dans le fond, la vie est un roman et nous ne sommes que des personnages conçus par l’artiste suprême Dieu. C'est pour cela aussi que je dis que l'art est le processus de divinisation de la condition humaine. Le point de départ, cependant, est un acte animal !
Kaloust s'immobilisa devant un tableau de Sebastiano del Piombo dans lequel Jésus ressuscite Lazare au milieu d'une foule.
- Désolé, je ne comprends pas. Êtes-vous en train de dire que ce tableau, par exemple, résulte d'un acte animal devenu divin ?
- Le point de départ de tout art est un acte animal qui devient un objet culturel, puis un élément artistique dans un processus de divinisation. Dans le cas de la peinture, elle est née de l'acte animal de la chasse. Les hommes primitifs chassaient, comme vous le savez. Ensuite, ils ont commencé à dessiner des scènes sur les murs des cavernes pour exorciser les démons de la chasse et s'attirer la faveur des dieux. En d'autres termes, ils se sont appropriés culturellement l'acte de chasser. Non contents d'avoir fait cela, ils ont perfectionné ces scènes et créé des objets artistiques, telles que les peintures rupestres d'Altamira. La culture s'est ainsi transformée en art. Tout art naît d'une épuration de la culture, laquelle naît d'un acte animal. Manger est un acte animal, griller un steak est une action culturelle, créer un plat comme les ris de veau et écrevisses en chausson feuilleté parfumés à l'estragon, riche de délicieuses saveurs subtiles, est un gesteartistique. Vous voyez ?
- En somme, selon vous l'art est une forme complexe de culture.
Exactement, acquiesça Sir Kenneth en hochant la tête avec insistance. Avoir froid est une réaction animale, tisser des chandails en laine est un acte culturel, créer des vêtements chauds de haute couture est un geste artistique. La notion d'esthétique implique de passer à un stade supérieur de l’expérience humaine, où la simple survie n'est plus en question.
Un homme affamé regarde un cygne glissant sur les eaux de la Serpentine, à Hyde Park, et voit de la nourriture, un homme rassasié observe le même volatile et se sent ébloui par l'élégance et la grace naturelle de son allure, la blancheur virginale de ses plumes, la courbe majestueuse de son cou, il le regarde dans le seul but de se satisfaire de la pure contemplation de sa beauté.


Kaloust parcourait du regard la série de tableaux qui ornaient la salle où ils se trouvaient, ensorcelé par leur richesse chromatique et leurs détails.
- Si je vous ai bien compris, conclut-il en balançant la tête pensivement, un objet ne devient esthétique qu'à un niveau supérieur de l'existence humaine.
Le conservateur du musée sourit et ouvrit les bras comme pour embrasser tout le musée.
- Bienvenue dans le monde de l'art. »
Bien évidemment ce n’est pas le seul mérite de ce roman : vous initier au concept de la beauté. Nous y avons trouvé aussi une introduction à l’étude du génocide Arménien. À la compréhension du déclin de l’empire Ottoman du à la limite de la possibilité de l’existence, au sein d’un même pays, d’un communautarisme quand tout individu n’est pas égal en droit dans un système politique et qu’il exprime sa différence dans un esprit revendicatif et non en tant qu’être individuel égalitaire mais particulier soit parce qu’il en est privé soit par qu’il s’en estime de droit Divin. Nous avons compris le rôle du passage de l’énergie du charbon à celle du pétrole et donc pour les pays l’importance de « protéger » son indépendance à son accès d’où la « conquête » de la Mésopotamie par l’empire britannique par ses filiales financières pétrolières…
Pour moi chaque lecture d’un roman de cet auteur est source de réflexions et de discussions soit scientifiques, soit théologiques, soit géopolitiques. Que de mieux pour se distraire tout en s’instruisant
PatrickB
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Message  Remy Ven 12 Nov - 7:13

A mon avis, le monde n'est pas naturellement beau. C'est l'action humaine qui est responsable de la beauté. Si un paysage est beau, c'est parce qu'il est travaillé par l'homme. Les beaux bâtiments, les belles peintures et sculptures sont évidemment humaines. Les belles idées sont également le fait de la civilisation humaine.
Même les belles femmes sont des personnes qui se sont occupées d'elles-mêmes en général (Est-ce que les hommes sont beaux ? Ma foi, je n'en sais rien...).

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